Un autre jour...

8 mai 2008
Sur fond de: Apocalyptica - Hope


J'ai eu ma période poétesse/nouvelliste, en des temps sombres et lointains...
J'écrivais, je grattais, je gommais, je rayais, je recommençais, traçant des lettres çà et là sur des cahiers... encore et encore... Toujours plus, jusqu'à plus soif...
Je vidais-là ma peine, mon sentiment de culpabilité face aux évènements qui m'ont conduite à la dépression... Je déversais ma rancœur, ma rage, mes douleurs en torrents de mots et mes maux prenaient alors une forme rassurante, une forme distinctive et concrète qu'il m'était plus facile de soigner...
Quelque part, je le fais toujours aujourd'hui... Seule ma façon d'agencer mes mots a changé... Moins métaphorique (quoique...) ... Moins secrète peut-être aussi et plus honnête avec moi-même...

Petit à petit, oscillant entre mes phases "dessins" et "écriture", j'ai fini par écrire et dessiner de moins en moins... Même si mon imagination particulièrement fertile était toujours au rendez-vous...
C'est lorsque cette belle et grande tête de mule a fait son entrée dans ma vie que j'ai réellement "cassé ma plume"... Ni l'inspiration, ni les mots ne me venaient désormais...
Dans un premier temps, ce phénomène m'a passablement perturbée... Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait après toutes ces années...
Et puis, un beau jour, je me suis tout simplement aperçue que cet espèce de mutisme était uniquement du fait que je n'en avais plus besoin (j'ai d'ailleurs écrit ma dernière nouvelle à ce sujet)... Je ne voyais plus l'utilité de jeter ainsi mes maux sur quelques feuilles de papier...
Pour la simple et bonne raison que depuis ma dépression, pour la toute première fois de ma vie, j'étais enfin véritablement heureuse...

Aujourd'hui, comme chaque jour, j'ai énormément pensé à cette belle et grande tête de mule qui me manque tant...
Et je me suis rappelée l'une des dernières nouvelles que j'avais écrite un peu avant que ma plume ne se brise définitivement...
Un nouvelle tristounette, comme à mon habitude, mais pour laquelle je n'ai jamais pu dire quelle était la raison qui m'a poussée à la rédiger... La vrai raison (il y en a toujours une dans mes écrits, une que je suis la seule à savoir et à comprendre) ...
Pour moi, à ce moment-là, cela n'avait pas de sens... Et ça, c'était plutôt inhabituel...
Mais je l'ai laissée-là, sans trop m'en soucier... Me disant qu'un jour où l'autre, je lui trouverai ce fond qui lui manquait...
Et ce soir, je crois avoir compris... Du moins, je l'espère (une chose est sûre, mon instinct me pousse à vous la montrer rolleyes )... Mais non, une fois de plus, je n'expliquerai pas razz ...
Par contre, pour ce qui est de la nouvelle en question, la voici wink ...


Un autre jour...

... Un nouveau jour se lève ...
Tu n’as dormi que quelques heures, trois tout au plus, et pourtant tu n’es pas fatigué.

... Un nouveau jour se lève ...
Tu ouvres les yeux, et c’est toujours cette même question qui te vient à l’esprit : « Bon sang mais qu’est-ce que je fous ici ? »… Aucune réponse ne vient. Non, ce n’est pas aujourd’hui que tu te sentiras mieux, que tu te sentiras vivre.

... Un nouveau jour se lève ...
Tu t’assois sur le rebord de ton lit. Soupirs, résignation, ton regard se pose sur ce qui te sert de chambre : ton Antre. Son bordel passablement organisé te révulse, te donne la nausée. Tu aimerais ranger, faire de ce lieu un havre de paix. Te voilà pris d’une sensation nouvelle que tu as déjà maintes fois ressentie, une force soudaine, une envie de vaincre, de révolutionner ce monde dans lequel tu vis… ton monde. Mais elle n’est que passagère, éphémère… tu le sais et comme toujours tu la laisses s’évanouir.

... Un nouveau jour se lève ...
Lentement, tu te diriges vers la cuisine pour y boire ton premier café. Cet instant béni des Dieux sera le seul moment de la journée que tu t’accorderas. Egoïste, tu profites de chaque gorgée en espérant ce jour sera TON jour… Celui où quelqu’un t’appellera pour avoir de tes nouvelles, pensera à toi... celui où tu riras, où tu t’amuseras, où tu te sentiras aimé, soutenu… Celui où tu seras Grand. Mais tu sais que ce jour sera pareil au précédent, tout comme le sera le jour suivant…

... Un nouveau jour se lève ...
Tu entres dans ta salle de bain. Tu t’habilles sommairement : « A quoi bon faire une effort ? Pour qui ?... Personne ne le remarquera… ». Tu te regardes alors dans le miroir : « Mais que suis-je donc devenu ?».

... Un nouveau jour se lève ...
A présent te voilà seul dans ta chambre. Tu tournes en rond, fais les cent pas, t’énerves, t’angoisses. Tu ne sais quoi faire de tes dix doigts. Tu t’ennuies… inlassablement, immanquablement… Tu voudrais sortir, voir du peuple. Mais tu habites en pleine campagne, loin de tout et tout ton entourage semble si occupé ou peut-être si indisposé par ta présence… Tu hésites, tu doutes. Ta main se pose sur un livre. Tu le connais par cœur, tu l’as déjà lu quatre fois et tu te dis une fois de plus : « Après tout, pourquoi
pas ?».

... Un nouveau jour se lève ...
Les yeux te brûlent, il est temps de les reposer. Un peu de musique te changerait sans doute les idées… sans doute, oui… encore faut-il que tu trouves quelque chose à écouter. Tes CD’s, tes mp3, tu les as fait tiens depuis longtemps. Tu les as si souvent entendus. Ils t'ont déjà si souvent fait vibrer, si souvent bouleversé, intrigué, marqué, apaisé… et pourtant tu cherches, dépité, désespéré par ce silence qui envahi la pièce, ce silence que tu ne supportes plus… Il t’ennuie, lui aussi…

... Un nouveau jour se lève ...
Tu bouillonnes intérieurement. Cette rage, cette haine, cette colère sourde et maligne sont montées en toi en une fraction de seconde, ravageant tout sur leurs passages, se nourrissant d'elles-mêmes, à cause d’une seule et unique pensée qui n’a fait que traversé ton esprit : « Pourquoi moi ? ». Une fois encore tu te places en victime, tu hais ce monde qui t’a fait, tu hais ces gens trop imbu d’eux même qui ne sont capable que de s’occuper de leurs nombrils, qui ne savent pas écouter, qui ne comprennent pas, qui ne voient pas. Cette superficialité t’écoeure. Combien connaissent ta vie, ton existence ? Combien savent mais ne bougent pas, simplement terrorisés par l’idée de devoir déporter leur attention sur toi, par l’idée de ne pas savoir ce qu’ils pourraient découvrir, par peur des responsabilités que cela pourrait impliquer ? Combien ne se soucient pas de toi ? Combien s'inquièteraient sérieusement si tu disparaissais? Pas de nouvelles, bonnes nouvelles dit-on… Belle illusion… Une triste larme coule le long de ta joue. Tu aurais envie de tout détruire. De faire souffrir autant que tu as souffert. Et pourtant, la voix de la raison fini par reprendre le dessus. Tu sais que tu es injuste, qu'à ton tour tu n'es pas le centre du monde... Mais tu te sens si seul, délaissé, abandonné par ceux en qui tu avais confiance...Et tu sais que si personne ne s’inquiète c’est parce que tu sembles aller bien. Tu sais que c’est parce que tu souris, tu ris malgré tout … Tu sais que peu vont au-delà des apparences et tu le caches si bien… Où peut-être dans le fond n’es-tu pas assez bien, pas assez intelligent, pas assez intéressant… Peut-être oui… Mais tu relativises… Après tout, oui, peut-être que tu ne vaux rien, peut-être que tu n’as pas grand-chose de bien à dire, mais tu peux toujours aider quelqu’un de ton entourage, quelqu’un que tu adores ou plus simplement que tu connais un peu et qui serait dans le besoin, qui sait ?… Il suffit parfois de peu… Porté par une certaine force qui faisait partie de tes qualités jadis, tu te sens un peu mieux… tu as l’impression d’avoir retrouvé une part de toi-même…

... Un nouveau jour se lève ...
La nuit approche à grand pas. Ta solitude, l’humidité de l’air, une brise légère, tu te recroquevilles dans un coin de ton Antre. Tu sais que tu ne dormiras pas. Tu n’es pas assez détendu. Tu laisses alors ton esprit s’évader, vagabonder à sa guise, dans ce silence nocturne... et tu songes. Tu aimerais tant à nouveau être si curieux de tout, avoir confiance en toi, en tes opinions… tu aimerais tant être à nouveau toi et pas ce semblant que tu es devenu… Mais il te manque quelque chose. Un petit rien qui rendait tes journées magiques, un grand tout qui faisait de chaque jour une fête dédiée à la vie… Peut-être le retrouveras-tu… Oui peut-être… Mais tu te sens si perdu… si fade et terne… Insipide, inodore, incolore… Inexistant… Mais le songe t’emporte, et au plus profond de ton cœur, de ton âme naît l’espoir. Tu as encore tant à accomplir…. Oui, un nouveau jour se lèvera…

… Un autre jour…

8 juillet 2005


Voili voilou wink ...
En espérant que mon instinct était de bon conseil ce soir rolleyes ...


2 commentaires

olico a dit…

....Un nouveau jour se lève....
Ton texte touche le lecteur que je suis !
J’ai l'impression de me lire vingt ans plus tôt...
La phobie sociale était ma maîtresse et la campagne me semblait comme un désert sans fin...

Anonyme a dit…

Bonjour Opaline,
Cette nouvelle narre une journée qui semble somme toute ordinaire, l'impression que tout à chacun nous avons vécu cette attente d'un autre jour, au plus une à deux journées pour certains parsemées dans le temps. Il arrive même que certains vivent cela au quotidien, et chaque nouveau jour qui se lève amène ces personnes vers un 'autre jour' qui pourtant restera semblable où qu'ils se trouvent. Une nouvelle qui touche très sensiblement une réalité, qui reste (à mon avis) toujours d'actualité. Dans un 'autre jour' on espère comprendre 'un jour différent' ! Bonne journée Miss Opaline, fofi.

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